18/07/2009

Frameries - Bridgestone

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Résistance exemplaire des travailleurs de Bridgestone à Frameries.

La société Bridgestone Frameries, spécialisée dans le rechapage de pneus d’avion, est en très bonne santé économique et financière : tous les ratios étudiés sont fort positifs et en augmentation par rapport à 2007. Le chiffre d’affaires est passé entre 2007 et 2008 de 53,2 millions d’euros à 62,3 millions d’euros. Le bénéfice de l’entreprise a doublé puisqu’il est passé de 2,5 millions d’euros en 2007 à 5,2 millions d’euros en 2008.

La bonne santé de l’entreprise est due principalement au travail fourni par les 180 ouvriers et employés. En effet, chaque travailleur a rapporté en 2008 74.090 euros ce qui est 21.500 euros de plus qu’en 2007. Cependant, cela n’a pas été rendu aux travailleurs puisque 2,59 millions ont servi à rémunérer le capital.

Pour arriver à un niveau si élevé de bénéfice, l’entreprise perçoit aussi de nombreux avantages et ne répond pas à ses engagements vis-à-vis des travailleurs notamment en termes de formation. Ainsi, rien qu’en 2008, les intérêts notionnels, les réductions des cotisations de sécurité sociale et les économies au niveau de la formation ont permis à l’entreprise d’épargner 1,14 millions d’euros.

L’entreprise utilise depuis plusieurs années des travailleurs sous contrats précaires que ce soit sous forme de CDD (Contrats à Durée Déterminée) ou d’intérimaires. En 2008, elle a fait appel sur l’année à 11 intérimaires et 21 CDD. Cela démontre qu’il y a beaucoup de travail puisque l’entreprise est obligée d’engager des travailleurs extérieurs.

Pourtant, à la surprise générale, la direction de Bridgestone Frameries décide le 11 juin 2009 de licencier brutalement 8 travailleurs dont le délégué principal de la FGTB, par ailleurs secrétaire du conseil d’entreprise et présent sur le site depuis 1980, en invoquant la délocalisation du magasin "pneus" à Zeebruges.

Cette décision unilatérale va à l'encontre de la dernière convention collective de travail conclue sur le plan de l'entreprise pour les années 2007-2008 et 2009, à savoir pour l'article 1 de la CCT : "L'entreprise mettra tout en œuvre en vue d'éviter des licenciements pour raisons économiques et techniques. Si des difficultés surviennent en la matière, il est préalablement instauré un régime de chômage partiel, si possible par roulement."

Ces licenciements étant inacceptables, les travailleurs partent en grève en front commun le jour-même. Aujourd’hui cela fait un mois qu’ils mènent une résistance courageuse face à la violence patronale qui refuse tout dialogue alors que des pistes sérieuses pourraient être envisagées via, par exemple, un reclassement des travailleurs concernés à la production en remplacement de futurs prépensionnés.

Au lieu de ça, cette même direction a tenté, heureusement sans succès, de diaboliser ces pères de famille en inventant des actes de violence et des séquestrations imaginaires. Nous ne sommes pas dupes, ces licenciements prouvent que pour Bridgestone, un travailleur n'a rien d'humain, il n'est qu'une marchandise comme une autre. Bridgestone ne se soucie pas de la détresse familiale provoquée par la perte d'un emploi. Leur seul et unique souci, c'est la maximisation de leur profit.

Comment interpréter le mutisme de la direction après un mois de grève ? Elle espère évidemment un essoufflement de la contestation en laissant pourrir la situation mais ne s'imaginait pas rencontrer une telle détermination des travailleurs.

Le PTB soutient avec force les travailleurs de Bridgestone qui mènent une lutte exemplaire et qui demandent purement et simplement la réintégration des 8 travailleurs licenciés. C’est pourquoi, dans un cadre plus large,  nous attendons du gouvernement des mesures d’urgence sociale comme l’interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices.

Face à la détermination arrogante de la direction, la détermination du monde du travail doit être forte et durable. Ainsi, un mouvement de solidarité des travailleurs de Bridgestone Frameries a été créé sur Facebook à l'initiative de Florence Defourny (Service Jeunes FGTB), ainsi qu’un comité de soutien.

Camarades, allons manifester notre soutien aux travailleurs de Bridgestone Frameries en nous rendant au piquet de grève. Notre présence, avec celle de toute la gauche anticapitaliste, rechargera les batteries des travailleurs et pourrait faire de cette lutte le symbole de l’unité de la classe ouvrière face aux attaques patronales.

John B.

La délégation syndicale de Bridgestone, FGTB et CSC, a décidé d’ouvrir un compte de solidarité où les fonds versés seront destinés aux ouvriers en grève :


Numéro de compte: 035–7064230-52.

En communication: S.T.Bridgestone.
 

Bridgestone. Piquet + pneus.14.07.09

Bridgestone. Piquet de grève le 6 juillet 2009

Bridgestone. Piquet du matin.14.07.09

Bridgestone. piquet.14.07.09

 

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Bridgestone à Frameries : la force d’une délégation soudée

Vendredi 10 juillet, La Province (Sudpresse) publie un interview du patron Clarinval. Concernant les 8 ouvriers licenciés, celui-ci déclare: « on leur retrouve un job dans les environs, avec en plus une enveloppe de 30.000 € bruts pour certains. Que faut-il de plus ? »

Alain Denooze, secrétaire de la Centrale générale (FGTB) répond immédiatement dans La Province du lendemain : « M. Clarinval veut faire croire que les ouvriers vont toucher le pactole alors que la direction ne leur « offre » que le préavis légal plus une indemnité d’un à deux mois de salaire selon l’ancienneté de chacun ».

Au piquet de Bridgestone, nous recevons des explications complémentaires : « Les sommes de 20.000 et 30.000 €, ce sont les préavis légaux. De toute façon, jusqu’à présent les ouvriers licenciés ont touché entre 4000 et 17.000 €. Il ne faut pas oublier que durant la période du préavis, entre 6 et 9 mois, les ouvriers concernés ne toucheront pas d’autre revenu. Et ces sommes sont évidemment fortement taxées. Question de l’enveloppe supplémentaire il n’y a rien de concret. »


La délégation syndicale a déjà montré sa bonne volonté.

La délégation et les ouvriers avaient montré leur bonne volonté lorsque le patron leur a annoncé son « projet » de transférer le stock de pneus à Zeebruges. Le projet a été annoncé au Conseil d’Entreprise du 27 mai, en fin de réunion. Le lendemain, 28 mai, en négociation, la délégation syndicale propose le reclassement des ouvriers du magasin de pneus dans la production. Des ouvriers qui faisaient l’horaire du jour mais qui étaient d’accord de tourner à nouveau à 3 pauses, malgré leur âge. Ces ouvriers ont déjà travaillé dans la production par le passé, ils connaissent donc le travail. La négociation n’a pas abouti. Mais malgré cela, dès le 2 juin le patron mettait en application son « projet » !  Les pneus étaient embarqués par les transporteurs de 2XL « A ce moment-là, nous avons laissé partir les pneus, nous pensions que lors de la suivante négociation, une solution serait dégagée ! »

Malgré les différentes propositions syndicales, la Direction n’a rien voulu entendre, et c’est ainsi que le 11 juin, les 8 ouvriers ont été appelé à la Direction pour rendre leur badge. Alors qu’ils n’avaient même pas encore reçu leur C4. Les ouvriers ont réagi immédiatement et sont partis en grève.

Le chômage économique aurait été une solution.


La proposition de la délégation de reclasser les 8 ouvriers dans la production, était réalisable quitte à organiser le chômage partiel. Clarinval déclare que le chômage économique est impossible parce que l’usine n’est pas en difficulté économique.

Les délégués nous expliquent qu’ils ne demandaient pas du chômage économique, mais le chômage partiel, et que cela est tout à fait possible à condition de demander une dérogation.

Un ouvrier intervient : « je comprends pourquoi la Direction fait appel à une firme de sous-traitance de Zeebruges ! Nous leur avons posé la question aux chauffeurs des camions de 2XL : ce sont des transporteurs polonais qui gagnent 780 € par mois. C’est ça la sous-traitance ! »

Un autre ouvrier : « Le but est de décapiter la délégation syndicale, en vue de la CCT de l’année prochaine ! »

« C’est vrai que nous avons une délégation soudée, CSC – FGTB, et le patron a tout intérêt à les affaiblir. En délocalisant le magasin, le patron a trouvé là une bonne opportunité pour lui de toucher à un délégué, le délégué principal FGTB. S’il aboutit, il affaiblit une équipe. Pas seulement pour la CCT, pour tout. »

« Quand je vois ça je suis révolté », dit un collègue. « Entretemps, la Direction jette l’argent par les fenêtres. Voyez la Société de gardiennage qu’elle a engagée pour « protéger l’usine » ! Alors que nous sommes là, jour et nuit. Nous sommes les premiers à vouloir garder intact notre outil de travail ! Depuis le début de la grève, combien coûtent ces gardes, entre 10 et 12 tous les jours ? C’est pas une provocation, ça ? »

« Et les voitures de leasing qui sont là ! Il y a 10 ans, il n’y en avait que deux. Aujourd’hui, 15 directeurs ont leur voiture de service, il faut compter aussi leurs cartes à essence et leurs cartes visa ! D’ailleurs dans le bilan de l’entreprise, les dépenses « non-admises » s’élèvent à 750.000 €. Alors, pourquoi faire le difficile pour 8 ouvriers ?! ».

Visite à l’Ambassade du Japon

Lundi 13 juillet, la délégation syndicale s’est rendue à l’Ambassade du Japon dans le but d’obtenir une entrevue avec la Direction supérieure de Bridgestone qui a son siège au japon. Ils y ont remis le dossier de Bridgestone et ont fait comprendre aux fonctionnaires de l’Ambassade que la Direction du Japon n’est pas respectueux envers les travailleurs de Bridgestone, car jusqu’à présent ils n’ont pas accepté de les rencontrer. Espérant que les Japonais tiennent à leur image, la délégation espère une réaction rapide.

Voilà quelques témoignages de travailleurs de Bridgestone. Après 5 semaines de grève ils sont plus que jamais décidés de continuer.

Ils méritent un soutien important !


Pour rappel, le numéro de compte ouvert par la délégation syndicale en front commun :

N°: 035–7064230-52.        Mention : S.T.Bridgestone.

Thérèse M.